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Globalisation, le pire est à venir

Sous ce titre , P. Artus et M.P.Virard [1], dressent un constat accablant de la globalisation en cours. Présentée pendant longtemps comme un vecteur de progrès, la mondialisation entraîne, depuis la fin des années 80, l’humanité dans une course suicidaire : délocalisations, crises financières à répétition, gaspillage insensé des ressources, montée de la précarité, enrichissements indécents…

Cinq caractéristiques majeures définissent la situation actuelle :
Une machine inégalitaire qui accroît les inégalités, non seulement à l’échelle de la planète mais à l’intérieur de chaque pays. Une étude, par exemple, menée en France en 2007 montre le creusement des inégalités de revenus sur la période 1998-2005. Tandis que les 1% des foyers les plus riches ont vu leurs revenus augmenter de 19% ; pour 90% de la population, la hausse a été de 4,6%. A cela s’ajoute, dans les pays développés, la perte de nombreux emplois industriels (depuis 1995, la GB a perdu 25% de ses emplois industriels, les EU près de 20% et la zone euro environ 8%).

Le gaspillage des ressources rares qui engendre des politiques d’accaparement préjudiciable à l’équilibre mondial et le réchauffement de la planète. En effet, selon les auteurs « l’hyperconsommation des ressources rares et son impact sur le climat et l’environnement ne peuvent qu’approfondir les inégalités et créer des tensions dans certaines régions du monde, car la gestion de certaines raretés (air, biodiversité, climat) repose sur la bonne volonté combinée des différents acteurs. Elle encourage aussi les pays détenteurs et exportateurs de MP à user de ces ressources et de cette rareté comme moyen de pression géopolitique et les pays consommateurs à s’en disputer l’accès et à développer des politiques d’accaparement ». Situation particulièrement préoccupante en l’absence d’institutions internationales capables de réguler les conflits d’intérêts. Enfin, la grande vulnérabilité des pays en développement face au changement climatique ne peut qu’entraîner de fortes tensions entre le Nord et le Sud. Un monde inondé de liquidités et encourageant l’irresponsabilité bancaire. Si depuis le début de ce siècle, la croissance a été plus élevée dans les pays développés que ne le laissaient présager les fondamentaux de ces économies, c’est que celle-ci a été dopée par la progression des exportations en direction des pays émergents et par l’apparition de bulles sur les prix des actifs (stimulant la demande intérieure) : bulle sur les actions des sociétés du secteur des nouvelles technologies, bulle sur l’immobilier, ces bulles s’alimentant de la croissance de la liquidité mondiale. Le surcroît de liquidités mondiales a été encouragé par des politiques monétaires expansionnistes (en particulier aux Etats-Unis) et par des réserves de change des pays émergents s’orientant vers les Etats-Unis ou l’Europe (en 2008, les réserves de change des pays émergents pèsent plus de 4000 md de dollars dont 1700 pour la Chine et 1200 pour les pays exportateurs de pétrole).

Les excès du capitalisme financier corrélés à un excès d’endettement accumulé afin d’acheter des titres « dans des conditions propices à fabriquer un rendement des capitaux toujours plus élevé » [2]. Pour cela, la prise de risque est de plus en plus importante associée à l’utilisation de la dette pour accroître ses ressources propres et pouvoir acheter davantage d’actifs. D’autre part, les ménages des pays riches ont emprunté avec excès pour financer leurs acquisitions immobilières à des prix de plus en plus élevés (Entre 2002 et 2007, la dette des ménages aux EU est passée de 105% à 140% du revenu disponible brut, de 70 à 95% en zone euro). Idem pour les rachats d’entreprise via le LBO. Face à cette situation, les tentatives de régulation des marchés financiers n’ont abouti qu’à des mesures partielles. Si certains acteurs sont surveillés (banques, assurances, grandes entreprises émettrices), d’autres ne le sont pas et peuvent contourner les contraintes réglementaires, via les places offshore (paradis fiscaux). Tant que la liquidité mondiale est abondante et que l’obsession du rendement reste le premier objectif, la création de bulles ne s’arrêtera pas. Depuis la fin 2007, la liquidité s’est tournée vers les matières premières et les actions des entreprises des pays émergents. Pour revenir à une situation plus équilibrée, il faudrait que les investisseurs acceptent des rendements moins élevés et se dirigent vers les actifs d’entreprises.

Enfin, dernier volet de cette étude, l’Europe qui, face à la mondialisation, se révèle incapable de « trouver en elle-même les ressorts d’une croissance autonome ». L’UE n’est pas une véritable union économique et monétaire. Il n’y a en Europe ni mobilité des hommes ni programmes de soutien à l’innovation, ni fédéralisme fiscal…Les pays de l’UE continuent d’élaborer leur stratégie de politique économique sur des bases nationales, celle-ci devenant de plus en plus divergente. (Voir le cas de l’énergie, secteur stratégique, avec une Europe dont la dépendance énergétique augmente – à situation inchangée les importations assureront 70% de la consommation à l’horizon 2030 contre 50% actuellement – et la coopération reste marginale).

Cet essai nous livre un diagnostic sévère et bien documenté de la situation, d’autant plus précieux qu’il émane de deux auteurs connaissant bien le « milieu financier ». L’une a été rédactrice en chef des Enjeux, P. Artus est directeur de la recherche de Natexis, banque d’investissement française, détenue par la Caisse nationale des Caisses d’épargne et le groupe Banque Populaire. Ironie du sort, la banque introduite en Bourse en 2006, a perdu 70% de sa valeur et la crise des subprimes lui a fait perdre 948 millions d’euros au premier semestre 2008 rendant nécessaire une augmentation de capital et un appel à des fonds souverains étrangers.

Alain Coulombel

[1] Patrick Artus, Marie-Paule Virard, Globalisation, le pire est à venir, La Découverte, 2008.

[2] Le ROE ou rendement des fonds propres mesure la rentabilité par le ratio résultat net/capitaux propres.

 

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