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Le meilleur des mondes

La science économique, selon la célèbre définition de Lionel Robbins (1932), est « la science qui étudie le comportement humain en tant que relation entre les fins et les moyens rares à usage alternatif ». Souvent présentée depuis le XIXe siècle comme la discipline permettant de faire des choix rationnels dans un univers de biens rares, l’économie dominante promeut un ensemble de principes au centre desquels nous trouvons : l’équilibre, la rationalité, la mesure…

insi seraient rationnels, le comportement du consommateur ou du producteur cherchant à maximiser sa satisfaction, la privatisation des services publics, la fermeture des hôpitaux de proximité ou la restructuration des entreprises. C’est au nom de cette même rationalité que le néolibéralisme transporte ses guerres de prédation à travers le monde ; c’est en son nom qu’il licencie, délocalise, recompose ou « titrise » des dettes censées permettre la mutualisation et la répartition des risques à travers le monde. Rationnelles encore, la panoplie des outils de gestion supposée guider les décisions des managers, les nouvelles normes comptables internationales, la complexité des produits financiers ? Toute une instrumentation associée à un discours du rationnel permettant d’asseoir et de justifier, depuis 20 ans, nombre de décisions brutales et de réformes injustes.

Pourtant, avec la débâcle des marchés financiers, les nombreuses déclarations contradictoires de nos responsables politiques et économiques révèlent avec une « candeur » surprenante l’impéritie et le cynisme des principaux acteurs de l’économie mondiale. Quand D.Pinto [1] déclare dans un grand quotidien national : « Plus préoccupant encore, les banquiers centraux n’ont pas vu venir cette crise parce qu’ils n’ont compris ni l’ampleur ni la nature des risques portés par les banques qu’ils sont pourtant censés superviser », faut-il comprendre que nos principaux régulateurs de l’économie mondiale (Etats, banques centrales, institutions internationales) ne comprennent et ne maîtrisent plus rien ? Le marché, censé s’autoréguler, aurait-il accouché d’une hydre monstrueuse que plus personne ne parviendrait à maîtriser ? Ou la purge financière à laquelle nous assistons ne serait-elle que la manifestation de la démesure et de l’excès, consubstantiels à notre modèle de développement, un gigantesque potlatch engloutissant dans son brasier, les déchets financiers toxiques, l’épargne des salariés et la valeur de leurs biens immeubles : 700 milliards de dollars injectés dans la grande lessiveuse planétaire, qu’il faudrait comparer à l’aide totale annuelle des pays riches en faveur du développement des pays pauvres (100 milliards de dollars) ou aux 37 milliards de dollars qui suffiraient à distribuer de l’eau potable dans les pays du Sud. 700 milliards de dollars auxquels il faudrait ajouter les 200 milliards de dollars injectés par le Trésor américain pour sauver Freddie Mac et Fannie Mae... etc. etc.
Nos doctes diront demain que c’était le prix à payer, le moindre mal dans le meilleur des mondes.

Alain Coulombel

[1] D. Pinto est président de Stanhope Capital, groupe de gestion d’actifs basé à Londres

 

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