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De la synthèse de l’écologie et du social
Depuis des années chez les Verts, nous sommes nombreux à nous battre pour que l’écologie ne se réduise pas à l’environnement mais prenne en compte la dimension sociale.

Aujourd’hui nous avons de plus en plus l’impression de nous épuiser dans un combat de plus en plus minoritaire, et encore plus à voir la ligne affichée pour les prochaines européennes au travers de la liste Europe Ecologie. Mais que faire ?

Petit panorama de la situation à gauche du PS

En décidant de quitter le PS au vu des résultats du 1er tour des élections internes de leur congrès, on peut reconnaître à Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez un certain courage. Ils savaient ne rien avoir à attendre d’un second tour où les alliances se joueraient sur la base du tout sauf Ségolène Royal et non sur une ligne politique claire. En même temps, la victoire de Martine Aubry leur est moins favorable en termes de dégagement d’espace politique. Une fois sortis, ils n’avaient pas le choix, il leur fallait très vite appeler à la constitution d’une nouvelle force sous peine de voir leurs militants s’évanouir dans la nature. Les départs répétés du PC au cours des décennies passées ont montré qu’il était quasi impossible de maintenir une nouvelle structure si une dynamique ne se créait pas. Le choix de foncer pour profiter de l’espace ouvert par une perspective électorale est donc logique. On ne peut avoir répété pendant des années qu’une scission du PS sur sa gauche déclencherait la période de recomposition politique et faire la fine bouche lorsque cela se produit.

Maintenant il est vrai qu’on peut craindre que le Partie de Gauche (PG) cherche à être le noyau de la recomposition et non un élément parmi d’autres d’une nouvelle force de gauche, sociale et écologique. On ne pourrait que regretter un tel positionnement . Mais doit-on pour autant décider que cela ne nous intéresse pas, que cela ne correspond pas à notre idéal, par ailleurs toujours inaccessible tellement nous mettons la barre haut ? Nous sommes en période de crise aiguë du capitalisme avec les conséquences en termes de coût social et d’atteintes aux libertés que cela peut entraîner. Nous ne pouvons donc pas toujours remettre à plus tard dans l’attente de la force politique idéale : à un moment il faut prendre ses responsabilités et foncer.

Pour ce qui est de la question écologique, le PG répond au défi. Le fil conducteur de la crise écologique irrigue l’ensemble de ses textes et le forum pour une planification écologique a été un moment d’échanges et de réflexions très intéressant. On ne peut donc que se réjouir de cette bonne nouvelle, confirmée lors de son congrès de fondation avec le moratoire sur les OGM, la sortie du nucléaire, la remise en cause du mode de production et de consommation, l’inscription dans leur texte de la remise en cause du productivisme …

Mais évidemment restent d’autres problèmes :
- les questions de diversité, la lutte contre les discriminations. Le positionnement très républicain interpelle sur les réponses proposées.
- la forme parti : le PG semble quelque peu fasciné par le Parti communiste. Par leur histoire, celles et ceux qui viennent du Parti socialiste sont très réticents vis à vis du « mouvementisme » comme ils disent et ne comprennent pas toujours les nouvelles formes d’organisation qui ont pu apparaître, notamment avec les réseaux féministes, altermondialistes, décroissants...

La Fédération : un espace de convergences en construction

Au même moment, se créé la Fédération pour une alternative sociale et écologique. Ce n’est pas un long fleuve tranquille non plus. Apprendre à des cultures politiques très différentes (communistes, mouvementistes, écologistes) à se confronter et à produire ensemble est un beau défi ; qui n’est pas toujours facile à affronter au quotidien. Si nous avons certes plus de points communs sur les questions de la forme parti et sur les questions de diversité, l’écologie a aussi parfois un peu de mal à passer de l’acceptation du discours à l’affirmation d’une identité. Dans les deux cas, PG ou Fédération, l’intégration de l’identité écologiste au-delà de la référence à la gauche ne va pas de soi.

Notre rôle est de continuer à expliquer que certes, le féminisme, l’antiracisme, l’altermondialisme sont des valeurs fondamentales mais aujourd’hui dans cette nouvelle phase de crise du capitalisme, la crise écologique est la limite absolue. Aujourd’hui, ce qui se joue, c’est la vie de l’humanité sur terre (ce que dit d’ailleurs le PG, mais pas au point de modifier le nom de ce nouveau parti pour intégrer l’identité écologique).

En dehors de cette appropriation au fond, il y a aussi une question d’image. On peut évidemment refuser de tomber dans le jeu des médias, mais au moment où l’urgence écologique commence à devenir perceptible pour tous, il est absurde, si l’on est d’accord pour prendre le projet à bras le corps, de ne pas l’intégrer en tant qu’identité fondatrice. Car on peut être de gauche mais productiviste comme on peut être écologiste et pas anticapitaliste, ou simplement libéral. (les Verts sont de plus en plus sur cette ligne, avec un manifeste du Parti Vert Européen que Bayrou pourrait quasiment signer). L’affichage de la symbiose des deux est donc fondamental si l’objectif est de proposer une alternative politique crédible qui attire à la fois les personnes préoccupées fondamentalement par les questions sociales comme toutes celles qui sont attirées par les questions de l’écologie. Les Verts ne savent plus faire, notamment par leur composition sociale (très peu d’adhérents viennent des milieux populaires et quasiment aucun des entreprises privées du secteur secondaire). Sans oublier la part très prépondérante d’élu-e-s, de salarié-e-s d’élu-e-s et d’aspirant-e-s à l’un ou l’autre statut.

Alors oui, nous avons aujourd’hui besoin d’une force politique, qui « pour sauver la planète, propose de sortir du capitalisme » pour paraphraser le dernier livre d’Hervé Kempf. Mais il ne suffit pas de l’écrire dans des textes, il faut l’affirmer comme identité.

Ecologie Solidaire, AlterEkolo, Utopia, les objecteurs de croissance doivent se battre pour concrétiser cette utopie. Il faut aller vers la grande force de la transformation sociale et écologique. A terme, la Fédération, le PG, les Verts en accord avec cette synthèse de l’écologie et du social, les communistes désireux de ne pas sombrer avec les derniers « bolchéviks » doivent construire ensemble cette force politique qui aura le poids et le rapport de forces nécessaire pour s’imposer face au PS.

Martine Billard, Yves Contassot, Augustin Grosdoy, Simon Imbert-Vier, Jean-Pierre Lemaire, François Longerinas, Mylène Stambouli
 

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